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ascenseur pour l'échafaud. (faye)

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way down the river we go
Sonny Saint
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MessageSujet: ascenseur pour l'échafaud. (faye) ascenseur pour l'échafaud. (faye) EmptyVen 3 Mai - 11:40


S'accommoder de tout
Ce qui s'éteindra
Voilà où nous en sommes
C'est aussi simple que ça
L’homme est né sans la portion de courage ordinaire. Si c’est possible ? C’est le parfait exemple ! Follement conscient en plus, Sonny est mortifié, statique depuis cinq bonnes secondes entre un paravent en plastique et une femme agitée. Sur sa droite, elle remue et se plaint de brûlures aux poignets. Un rapide coup d’œil permet de comprendre la tourmente de la peau compulsivement agressée par les liens métalliques. Avec sa bouche bariolée de rouge et ses hématomes sur les bras, Sonny aimerait qu’elle se taise afin qu’il s’essaie à la réunion de ses esprits. Il aimerait avoir l’audace d’aboyer, mais prendre le risque qu’elle l’agresse, qu’elle l’insulte, lui semble démesuré compte tenu de la menace que déjà il affronte. D’ailleurs, elle commence, gentiment, avec la courtoisie d’usage : « Fils de pute… » Il n’entend pas. Il s’en fiche. Toute son attention est figée sur le carré de mâchoire familier et le profil qui se prolonge. Toute sa tension intérieure dévisage Faye. « Fils de pute, l’autre répète assez fort pour être sûre qu’on ne l’ignorera pas. » C’est qu’elle doit être vexée, la mauvaise, l’insignifiante, qu’un type à l’air aussi perturbé se croit en droit de la négliger. « Fils de p- » « J’ai compris. » Le regard de Sonny décroche et tombe sur elle. Un sourire gourmand escalade les lèvres, pareil à celui d’une enfant qui aurait glorieusement agacé la patience de son père. L’allure du gaillard, en revanche, a viré de teinte. Son agacement a chassé la crainte. Pas tout à fait. Elle est juste là, elle est toujours là. Il la surmonte simplement.

« Faye. » Avec le bout de l’index et du majeur, Sonny crochète le bord du bureau. « Salut. » Par peur de se démonter en chemin, il n’a rien préparé et ça sonne plat, faible, bancal, ce salut. Surtout, c’est un peu court après des semaines de silence absolu. C’est court quand on a été avec quelqu’un. Même peu de temps. Même pas très bien. Pour lui, sa bouche argumente un rictus de contrition. « Ça fait longtemps. » Le choix des mots, c’est un talent dont il ne dispose pas. Il suppose qu’on a refilé sa part à d’autres, comme la bravoure, l’optimisme et la confiance en soi. D’ailleurs, il ne la regarde pas entièrement. Sonny est presque étonné d’être parvenu jusque-là. Il aurait pu fuir, tourner les talons et disparaître avant qu’elle n’ait à son tour eu l’occasion de remarquer sa présence. Bizarrement, ça ne lui semblait pas juste. La chose à faire, eh bien, c’est ce qu’il fait. Certes, pas très joliment, pas bien raconté, mais il consent à la pleine exposition de sa bêtise et de son insuffisance. « J’ai eu tes messages. » Il n’a pas compté. C’est qu’ils étaient plein. « Je les ai eus. J’étais juste... » interné. Sonny hausse les épaules et pince les lèvres. Même à la lumière de la vérité et de ce qu’il s’est réellement passé, comment pourrait-il justifier de cet abandon ? L’explication est à la fois plus simple et plus crue, beaucoup trop pour qu’il la profère, surtout ici. Un froissement de papier dans le lointain et il se souvient d’où ils sont. Le mouvement n’arrête jamais dans le commissariat. Il est étourdi. « Tu… tu finis quand ? » Assez vite, il comprend qu’elle pourrait dire cinq minutes ou cinq heures et il attendrait pareil, le cul sur un banc, à côté de l’autre démon et ses bracelets-menottes. « On pourrait, je sais pas, boire un verre ? Un café, il ajoute comme d’une option plus raisonnable. On pourrait... » Sonny se tait, enfin. Ses pupilles trouvent enfin la témérité nécessaire à rencontrer celles de Faye. Il a un autre sourire, plus ombrageux, qui susurre quelque chose comme je vais tout te raconter.
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Faye Delcroix
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MessageSujet: Re: ascenseur pour l'échafaud. (faye) ascenseur pour l'échafaud. (faye) EmptyVen 3 Mai - 19:08

we’re just fumbling through the grey
trying to find a heart that’s not walking away
(...) like ships in the night
you keep passing me by
@sonny saint

Les journées au commissariat deviennent de plus en plus longue pour Faye, à mesure que sa patience pour son travail diminue. Elle ne veut pas rester plus longtemps que nécessaire, mais le nécessaire, ce n’est pas elle qui le détermine. Elle écoute le témoignage d’une vieille femme à qui on a volé le porte-monnaie dans un parking, elle apporte son aide à ses collègues auprès des délinquants les plus difficiles, elle trie ses dossiers, tout ça en buvant une tasse de café entre chaque tâche accomplie. Encore une et elle verra des couleurs qui n’existent pas. Il lui reste une personne à voir, qu’elle a gardé pour la fin, espérant que l’individu se calmerait seule. La travailleuse marmonne depuis qu’elle est arrivée, ne s’adressant à personne en particulier et puis à tout le commissariat en même temps. Elle est légèrement ivre, ce qui ne va rien faciliter. Ses cheveux sont ébouriffées, sa robe est déchirée sur le côté, son visage est un canvas pour son rouge à lèvres, et les bleus… Faye a l’habitude, mais ça reste toujours difficile, de devoir observer les blessures sur le corps de quelqu’un, déterminer leur ancienneté, demander comment elles ont été faites… Elle lève les yeux pour s’adresser à la pauvre femme qu’on culpabilise pour l’injustice du monde, et il est là. Il échange quelques paroles avec la prostituée, et Faye sait déjà que ce n’est pas parce qu’il le voulait. Elle détourne le regard, prétend ne pas l’avoir vu. Merde.

« Faye. » La tête baissée, les mains toujours entre deux déclarations soigneusement retapées, elle ferme les yeux et retient un soupir. C’est agaçant, vraiment, mais y’a rien à faire, la voix de Sonny apporte une douceur à sa vie qu’elle n’a nulle part ailleurs. Il ajoute un faible “salut”, et elle fait tout pour que le charme ne se brise pas, mais comme tout sort, une parole peut y mettre fin. “Salut” ? Vraiment ? Pas croyable. Elle mord l’intérieur de sa joue pour retenir sa bile. Elle sait qu’elle a le droit d’être en colère, mais là n’est pas le bon lieu, et puis… « Hey, » elle répond. Elle lève le regard, pour le voir, enfin. Etait-il si mince la dernière fois qu’ils se sont vus ? Faye ne se rappelle plus. Mais Sonny est toujours mince. Pas juste physiquement, mais mentalement aussi; étiré, fatigué, comme un élastique sur lequel on a trop tiré. Faye est bien incapable de dire s’il a jamais eu une autre forme que celle-là. « Ça fait longtemps, », dit-il. Sans déconner. C’est dur de se retenir. Le pire, c’est qu’elle ne sait pas si elle sera toujours aussi en colère quand ils seront dehors. Et sa colère, ses effusions passionnées, Faye pense parfois que c’est tout ce qu’elle a. Il parle de ses messages (trop nombreux pour qu’elle n’ait pas honte), comme pour signifier qu’elle avait et a toujours une présence dans sa vie. Un bien piètre prix de consolation donné pour s’excuser qu’ils soient tous les deux des fantômes; des fantômes qui hantent différemment. « Je sais, » dit-elle, dure et douce à la fois, à la fin de la phrase qu’il n’aurait de toute façon pas terminée. Faye se rend compte qu’elle le regarde depuis bien trop longtemps, et retourne aux nombreux documents posés sur son bureau, feignant de les organiser. Il bégaie un peu, et la part rancunière d’elle s’en réjouit. Elle ne souhaite pas que Sonny soit intimidé par elle, mais elle retire un certain plaisir du fait qu’il sait qu’il a merdé. « Je ne vais pas tarder. » Il lui propose de sortir et son coeur vacille dans sa poitrine. Faye prend une profonde inspiration, le seul moyen discret qu’elle a pour calmer ses émotions. Autour d’eux, elle finit par remarquer les regards de ses collègues. Les plus jeunes sont intrigués, les vétérans… dégoûtés ? Elle sait pourquoi. Sonny le saura aussi, quand il le remarquera. Des cons. Ils n’ont pas le droit de le juger. Ils ne le connaissent pas. Le sentiment familier de vouloir protéger quelqu’un naît au creu du ventre de Faye. Sans plus attendre, elle empile ses dossiers, attrape sa veste en cuir et l’enfile. « Allons-y pour un verre, » elle annonce, en faisant le tour de son bureau. Faye s’arrête près de lui, juste assez, et lui fait un signe de tête, un “je te suis” silencieux. Elle s’apprête à poser sa main sur l’épaule de Sonny pour l’emmener vers la sortie, puis elle se retient. Elle sait que ça s’est vu. Elle a juste eu le temps d’arrêter son bras dans sa propre course. Quelle connerie. Fait chier. Faye lance un dernier regard vers ses collègues, de ceux qui les intiment à la fermer, à la laisser tranquille. A le laisser tranquille.
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Sonny Saint
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MessageSujet: Re: ascenseur pour l'échafaud. (faye) ascenseur pour l'échafaud. (faye) EmptyVen 3 Mai - 20:32

Là où Sonny est de nature à tergiverser, Faye a le tempérament de trancher. C’est vrai, ça lui revient maintenant : c’est confortable d’être avec elle, c’est source d’une profonde sécurité. Au mépris de ses propres sentiments, elle est capable, même susceptible, de le protéger. Elle s’est montrée patiente avec lui, et prévenante aussi. À un moment donné, il n’a pas été déplorable non plus. Ils étaient peut-être heureux. Elle, du moins. Il la rendait peut-être heureuse. Ses souvenirs de cette époque pourtant pas si lointaine sont confus, embourbés dans le marasme et la neurasthénie. Depuis, les thymorégulateurs et autres psychotropes leur sont passés dessus. Pour Sonny, on dirait une feuille qu’on avait griffonnée dans les formes, avec des lettres bien dessinées et des espaces minutieux, mais qu’on aurait roulée en boule, broyée, et foutue dans une poche avant de l’oublier là pour quelques temps. La rendre lisible prendrait du temps, beaucoup plus que ce qu’ils ont devant eux. Alors, plutôt que d’autopsier le macchabée de leur relation, il se concentre sur la seule opportunité qu’il aura de s’expliquer. Elle pourrait décliner. Elle aurait le droit. Sonny sent déjà le ménagement auquel Faye s’astreint – fût-ce pour les apparences et esquiver les commérages. À moins de disparaître, il ne lui est d’aucun secours. D’ailleurs, il s’éloignait sans avoir essuyé ni accord ni refus, comme si elle méritait le temps et l’espace de se fabriquer une réponse. De fait, il est surpris. « Oui ? » Bêtement, Sonny prend à témoin les alentours. Des rétines accrochent mécaniquement les siennes. Quelques regards lui sont familiers, et si pas réellement, par leur teneur. Il a toujours eu peur des flics. Comme tout citoyen lambda, pourrait-on croire. Il n’aime pas leur uniforme, leur badge, leur flingue, cet air paternaliste et concerné qui leur sied comme un masque. Il a toujours eu peur des flics, y compris de celui qui a serré son épaule de gamin dans sa paume et l’a accompagné jusqu’à la voiture de patrouille. Sidéré pas plus d’attention qu’il n’en tolère jamais, Sonny reste planté là. Il ne bouge à aucune syllabe de commandement. Ses pupilles errent par le sol, les cartons qui traînent contre un bureau, le parapluie, une vieille paire de baskets. Ça ne dure qu’un laps ridicule de secondes. Pour lui : une putain d’éternité à poils sous les projecteurs. Heureusement, le geste manqué de Faye le tire de son engourdissement aussi sûrement que si elle l’avait commis. Il se prend à réaliser qu’il aurait bien aimé et il s’échappe vers la sortie en se rappelant de ne pas courir.

Une fois sur le trottoir, Sonny respire plus librement. Il appréhende encore de regarder Faye bien en face mais, au moins, il retrouve quelques faculté de décision. « Allons par là-bas. » Il est entendu que n’importe quel troquet à la ronde sera plein de la police. Ni lui ni elle n’y trouvera rien de commode. Il se donne deux rues pour trouver un endroit adéquat et encore une borne d’incendie pour s’obliger à dire quelque chose, n’importe quoi. « Merci. » C’est bien, pour commencer. Comme il marchait un peu devant elle, Sonny se tourne à demi vers Faye sans non plus ralentir l’allure. « Ils m’auraient bouffé, je crois. » Ils sont tous les deux conscients de sa vérité biographique alors il pense spontanément à plaisanter. Un sourire écharpe ses lippes. Puisqu’il est sûr d’avoir l’air con, il ravale tout et fixe obstinément l’horizon des bagnoles et des signalétiques.

Ils trouvent un café minuscule. Sonny le choisit pour l’indifférence avec laquelle l’employé en train de balayer devant l’a dévisagé. De potentiels clients, le jeune serveur n’en cherche pas. Il mâche et remâche son chewing-gum. Il ne feint même pas de les faire asseoir ou de leur montrer la carte. L’employé de l’année, donc. Exactement la tierce partie que Sonny est capable de tolérer aujourd’hui. « Là, ça ira ? » Il montre une table près de la fenêtre, à savoir l’une des trois seules existantes. Ça ira. Après quelques minutes, ils ont de quoi boire et de quoi grignoter, bien que Sonny ait déjà oublié ce qu’il avait commandé. Ça lui importe peu. En l’état, rien ne passera. Sous la table, ses doigts grattent nerveusement le vieux revêtement en plastique gris. « Si tu veux... » Personne ne lui a appris comment faire. Il ne sait pas. Il évite toujours de se retrouver dans cette posture-là. « Si tu veux être en colère, je comprends. Je. J'ai disparu. » Bien sûr, l'autorisation est superflue mais il suppose qu'elle voudrait commencer. Néanmoins, l'invitation est tiède, car il supporterait difficilement le moindre écart de ton. « Je voulais pas... Tu sais, te blesser. Je pensais pas que... Je pensais pas. » Sa mire s'éloigne par la baie vitrée. Il aimerait tout avouer mais il ne peut pas. Il aimerait dire que ce n'était pas personnel, pas contre elle. Il ne pensait à rien ni à personne. Il pensait à peine à lui-même. Il avait à peine conscience de lui-même. En dehors du cercle clinique, Sonny n'a jamais parlé de cette sensation à personne, parce qu'il sait que personne ne peut comprendre.
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Faye Delcroix
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MessageSujet: Re: ascenseur pour l'échafaud. (faye) ascenseur pour l'échafaud. (faye) EmptySam 4 Mai - 17:57


Dehors, l’air est moins épais, moins constricteur. Tendue tout de même, Faye veut s’allumer une cigarette, mais elle ne se souvient plus si ça gène Sonny. Dans le doute, elle ne le fait pas, préférant le confort de son… ami ?, à un outil de relaxation aux conséquences fatales. Il prend des initiatives, ce qui la fait tiquer. Il a l’air penaud, presque apeuré, mais s’il est capable d’être direct, c’est que sa présence à elle doit le rassurer, peut être. Ils avancent tous deux en silence, et Faye n’aime pas à quel point c’est facile. Normal. Naturel. Elle n’aime pas que ça lui a manqué, ces errances en ville le soir, avant de retourner chez l’un ou chez l’autre. Mais ils ne se tiennent pas la main, et ils rentreront chacun de leur côté, ce qui fait toute la différence. La voix de Sonny s’échappe dans l’air humide de la rue. Ça sent l’orage. Il va surement pleuvoir. « De rien. » Sobre, sans embellissements. Faye a le pressentiment que la soirée va déborder de sentiments, du moins de son côté, et elle ne souhaite pas déballer toute sa douceur dans la rue, à des oreilles qui ne la méritent pas. Bien sûr qu’ils t’auraient bouffé. Sonny est le fils d’Abraham Saint. C’est de ça dont les collègues de Faye se soucient. Qui est Sonny ? Ça, ils n’en ont rien à faire. Et c’est bien ce qui la dérange. « Qu’ils essaient, » elle lâche, un peu trop brusque, un peu de colère envers les autres qui finit par transpirer. Contrôle toi. Il sourit, et c’est comme une claque, du genre qui laisse une marque. Faye se sent fondre, réduite à des sentiments dont elle croyait s’être débarrassée, mais dont le deuil ne faisait en fait que commencer. Quand Sonny sourit, c’est doux, discret, presque désolé de ressentir quelque chose d’agréable. Elle connaît bien ce sourire triste, parce que son plus jeune frère a le même. Faye sait que parfois, on ne peut pas faire grand chose, qu’un sourire triste le sera toujours plus ou moins. Mais merde, si elle peut faire quelque chose, elle se doit d’essayer, non ?

C’est Sonny qui choisit le café dans lequel ils s’arrêtent, un lieu tranquille dans l’océan de bars qui commencent à s’activer un peu partout dans le quartier. Ils s’installent, et Faye réalise que c’est la présence des autres qui rend les choses difficiles. Le seul employé du troquet fait à peine attention à eux, mais elle se sent observée, mise à nue dans un moment de vulnérabilité. Pile ce qu’elle déteste. Qu’importe, elle fera avec. Elle fait toujours avec. Un ange passe et Sonny engage la conversation. Je t’ai pas attendue pour être en colère, se dit Faye, mais elle sait que l’autorisation n’est pas arrogante. C’est celle de quelqu’un de sincèrement désolé, de quelqu’un qui regrette, de quelqu’un qui sait. « Sonny… » Elle commence, s’arrête, soupir. Dire son nom, c'est une drôle de sensation, qui démarre au fond de son ventre et remonte jusqu'à son cœur. « J’ai du mal à savoir par où commencer. » Elle regarde par la fenêtre aussi. Elle veut lui prendre la main. C’est agaçant. Elle pose ses bras sur la petite table ronde, et les laisse là. Il ne viendra probablement pas chercher le contact, non, pas lui. Mais la communication non-verbale, ça compte aussi. Elle se dit que peut être ses bras étendus devant elle lui feront savoir qu’elle est là, qu’elle est ouverte à son retour. « Evidemment que je suis en colère, » Faye finit par lâcher, faisant revenir son regard vers Sonny. Elle espère qu’elle réussit ce difficile équilibre de douce et dure. Elle fait attention à mesurer son ton. Quelqu’un d’autre hurlerait, lui balancerait son verre à la figure. Elle préfère se dire qu’il mérite une colère froide qu’une rage incontrôlée. Et puis, il est là, après tout ce temps. Elle n’a pas envie de lui crier dessus. Si Faye s’écoutait, elle le prendrait dans ses bras, le serrerait contre elle, au moins un instant. Plus tard, peut être. Pour le moment, il s’agit de mots, qui lui sont les plus difficiles à manier dans des situations personnelles. « Parfois…, » elle commence, puis baisse le regard. Elle regarde ses mains. « Parfois on nous appelle pour nous dire que quelqu’un est… que quelqu’un est mort. On arrive et le corps est déjà dans un sac. » Faye sent les larmes monter, alors elle mord l’intérieur de sa joue, encore. « Tu peux pas savoir le nombre de fois où je me suis dit “C’est lui. C’est Sonny dans ce foutu sac. Retrouvé dans le fossé par quelqu’un qui ne le connaissait pas. J’étais pas là.” » Tout d’une traite, au risque que ses propres paroles l’étouffent. « J’aurais aimé savoir que t’étais quelque part en sécurité, qu’on s’occupait de toi. » Faye ne sait pas où Sonny va, quand il ne sait plus où aller. Elle se rappelle de l’hôpital auquel son frère s’était rendu, un endroit charmant où le staff était sympa. Putain, ce que c’est dur de se retenir de pleurer. Elle a la gorge serrée, et elle est sûre que ça se voit. Elle doit avoir l’air conne. La soirée va être longue.
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