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for there's no man in town half as manly.

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MessageSujet: for there's no man in town half as manly. Dim 18 Nov - 22:00

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I might go all red rum on your ass.
Although, something tells me you might be into that.
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Si elle avait passé bien des années à écumer Kriegspire, jamais Blanche n'avait assisté à pareil effervescence que celle provoquée par le marché des artisans de Camaaloth. La cohue résonnait sous la voute de la tour est, par laquelle elle tenta de passer inaperçue, son large capuchon bleu nuit brodé d'argent ramené sur ses lourdes boucles noires. Le marché était ce qu'il était encore convenu d'appeler le souk de Kriegspire, un admirable reflet de son cousin de Darkmoor, les épices en moins. Outre les étales traditionnelles, on y trouvait toutes sortes d'objets uniques, une foire aux livres anciens, de magnifiques étoffes et de nombreux artistes de rue. Ne serait-ce qu'en cela, le marché était une véritable mine d'or. Mais un rigoureux critère achevait de le rendre unique : on y trouvait un tas de remèdes médicinaux maison. Concoctés par des elfes que Blanche s'impatientait de rencontrer, ces remèdes aux propriétés curatives fabuleuses faisaient toute la renommée de la région. Si les escapades au marché n'avaient jamais été formellement interdites, l'on savait pertinemment qu'elles étaient vivement déconseillées aux aristocrates en raison de la canaille qui y trainait, et cherchait par tous les moyens à les détrousser. Davantage lorsqu'il s'agissait d'une femme. Pire, la compagne d'un prince. Avec plus d'un tour dans son sac, Blanche bafouait une fois de plus les règles, même tacite, ce au nez et à la barbe de ceux qui se considéraient comme supérieur au peuple, et par définition, à elle, quand bien même elle fut destinée à entrelacer sa vie à celle d'un noble. Elle croisa quelques gardes entre les rangées du marché, lesquels la dévisagèrent un instant, habités par un sentiment de déjà vu palpable. Enfin, elle se stoppa devant une étale garnie de fruits frais, séduite par tant de couleurs et de diversités. Elle se mordit la lèvre, incapable de n'en choisir qu'un, mais refusant par principe une pomme bien rouge au commerçant soucieux. L'ombre d'un sourire fit une apparition sur ses lèvres alors qu'elle sentait un regard glisser sur son épaule. Une sensation qu'elle avait déjà éprouvé en quittant la tour est, puis sous la voute, et qui ne l'avait quitté qu'un bref instant devant la taverne. Son pisteur, même s'il ne s'était pas formellement manifesté, n'avait rien de bien discret, ce pourquoi Blanche n'eut aucun mal à discerner son identité. — Je vous vois, Gaston, finit-elle par l'interpeler.  Pendant qu'il approchait, Blanche le considéra longuement du coin de l'oeil. Si elle se battait chaque jour pour que ce ne soit pas le cas, elle avait un a priori, et un particulièrement tenace, à l'égard de Gaston. Cela même si elle avait d'abord refusé de se fier au portrait peu flatteur qu'on avait dressé de lui. Le bougre n'avait fait que converser à propos de lui-même durant tout un repas, et n'avait rien appris sa relation toute récente avec son cadet, ni n'avait montré signe d'intérêt à leur égard. Voilà maintenant qu'il s'infiltrait parmi cette plèbe qu'il avait tout l'air d'exécrer, ce dans sa parure la plus clinquante, criarde d'arrogance. Tout en lui détonnait, et semblait être méthodiquement médité pour consolider le rempart entre lui et le petit peuple dont elle était membre naturelle. — Je ne savais pas que vous étiez féru de marché, confia-t-elle, abandonnant une pièce au primeur en échange de quelques cerises. Elle s'efforça de faire bonne figure, mais souffrait d'ores et déjà de cette présence imposée et ne demandait qu'à écourter son escapade. Pour une raison mystérieuse, une intuition peut-être, elle qui donnait systématiquement une chance, ne parvenait pas à se faire à Gaston. Le prince héritier incarnait à lui seul tout ce pourquoi Blanche était susceptible de se révolter, mais elle devait à James, et à la prospérité, d'essayer de toutes ses forces, ou à terme de prétendre. — Que puis-je faire pour vous ? demanda-t-elle, lorgnant sur les étales avec une avidité un tantinet surfaite et distraite dans sa démarche.

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MessageSujet: Re: for there's no man in town half as manly. Dim 25 Nov - 14:44

Les pas de Gaston résonnaient le long des couloirs de pierre qu’il arpentait. Chaque garde qui osait croiser son chemin se raidissait à son approche. Le prince de Kriegspire n’était pas célèbre pour son amabilité. En revanche, sa personnalité bourrée d’orgueil et d’arrogance n’échappait à personne. Parce que Gaston c’est le plus beau, c’est le plus fort et le plus intelligent. A ces yeux, nul n’était son égal. Il dévisageait tout être indigent qui pouvait avoir l’incommensurable honneur de croiser sa route. Un seul regard suffisait à liquéfier sur place ses rares interlocuteurs (du moins… ceux auquel il accordait un tant soit peu d’intérêt). Il était l’insolence personnifiée, et l’aîné de sa fratrie. Un loup solitaire et promis à régner un beau jour sur les terres dont il était le digne héritier. C’est donc vêtu de sa plus belle cape que Gaston cheminait royalement à travers les cours de la forteresse. Une nouvelle journée s’offrait à lui sans qu’il ne sache réellement comment l’occuper. Qui donc ferait office d’encas aujourd’hui ? Adossé à un pan de mur, ses yeux ébènes se promenaient sur les quelques passants qui traversaient la voute de la tour est. Le vacarme provoqué par l’engouement du petit peuple pour leur marché lui donnerait presque la nausée. Ils se bousculaient, tous, à la recherche de divers biens à acquérir. Nourriture, remède ou encore livres anciens (tiens, les gueux savent donc lire ?), les étalages du zouk de Kriegspire attirait la foule. Et c’est une silhouette voilée qui attisa soudainement son attention. Un large capuchon bleu sur les épaules, une démarche pressée et se voulant discrète, c’est tout ce qui suffisait au corbeau pour attiser sa curiosité et ainsi fondre sur sa proie. Une boucle de cheveux noirs dépassait de sa cape, trahissant ainsi l’identité de son mystérieux propriétaire. Blanche disparaissait dans la foule tandis que son beau-frère embrassait rapidement ses pas. Un brin de dégoût accroché sur les traits si parfait de son visage, il repoussait du bout des doigts les individus qui osaient rompre la petite bulle invisible qui le protégeait de la crasse et des pouilleux. Parce que oui, le jeune prince n’a jamais réellement pris plaisir à se pavaner dans les ruelles poisseuses de Camaaloth. L’aristocratie n’a pas sa place dans ce monde bourré de pauvres gens. Et les rares fois où Gaston avait pu bafouer la réglementation imposée par son géniteur, c’est uniquement pour faire profiter le peuple de sa présence divine et de sa grande générosité. Certes, perché sur son trône d’argent, il a toujours apprécié vivre dans le luxe et la propreté. Mais il s’auto-proclamait dieu du peuple à l’aide de quelques poignées de pièces qu’il pouvait de temps à autre décocher aux visages de ces adorables petits cafards nauséabonds. Toutefois, en ce jour, c’est armé uniquement de ses gants que Gaston ne manquait pas de siffler ou repousser vigoureusement le moindre petit insecte qui empestait son oxygène. Sa présence était loin de passer inaperçue. Les riverains, surpris d’une telle visite, inclinaient docilement le visage à chaque pas qu’il faisait, et se décalaient sagement sans qu’il n’eut à lever le petit doigt. Sa course se stoppa finalement à quelques mètres de sa martyre du jour. Epaulé à l’une des poutres d’une étable, il surveillait avec un brin de malice la promise de son frère. James pouvait avoir bien des défauts, il avait au moins le mérite de choisir ses compagnes convenablement. Et tandis que la belle s’imprégnaient des quelques fruits à disposition, elle ne manqua pas de notifier la présence de son pisteur. Un large sourire étira les lèvres dudit personnage avant qu’il ne la rejoigne. « Le contraire m’aurait étonné. » Bien sûr, comment passer à côté d’un si bel individu ? Gaston et la discrétion ? Zéro. Glissant aux côtés de sa compagne du jour, il posa un instant ses yeux sur l’étale de fruits qui se dressaient devant eux.  « Fort heureusement, je n’ai nul besoin d’arpenter ces ruelles à la recherche de quoique ce soit. Ces tâches sont réservées aux subordonnés, et non aux compagnes des princes. » Ses paroles, crachées avec la plus doucereuse des hostilités, furent murmurées au creux de son oreille. Gaston avait la fâcheuse habitude de pouvoir se montrer terriblement tactile lorsqu’il s’adressait à la gente féminine. Pire encore lorsqu’il était question des conjointes de ses frères. C’est donc son visage incliné par-dessus son épaule qu’il lui arracha un regard avant de le laisser glisser vers les victuailles qu’elle venait d’acquérir. « Et vous comptez réellement manger ces choses-là ?  Comme elle est cocasse la petite. » Un ricanement siffla de sa bouche tandis qu’il se dressait cette fois devant elle. Sa main s’empara paisiblement de l’une des cerises qu’elle tenait, et c’est sans nulle gêne qu’il en goûta la saveur. Sucrée et acide à la fois, délicieuse. Mais pas assez pour l’emmerdeur royal qu’il était. Que pouvait-elle faire pour lui ? Quelle question… « Ô ma douce, il y a tant de choses que vous pourriez faire pour moi… » Il laissa planer le sous-entendu venimeux qu'il venait de prononcer avec un discret ricanement. Délaissant son interlocutrice pour machinalement reluquer l’étale suivante, il lui intima silencieusement d’approcher. Gaston ne demande pas, il ordonne. Les yeux rivés cette fois vers des bijoux confectionnés par les artisans de la forteresse, il épiait nonchalamment les pièces proposées. « A commencer par interrompre toute liaison avec mon bien-aimé frère par exemple. » Lâcha-t-il toujours aussi naturellement. Et il en riait, dieu qu’il en riait de cette situation. Blanche était une femme dont la beauté pouvait aisément couper le souffle à n’importe quel homme. Alors pourquoi diable s’était-elle entichée de son cadet ? « Nul doute que James possède quelques capacités qui ont su vous séduire, mais je puis vous assurer qu’il a tout appris de son aîné le bougre. Absolument tout. » Sa voix mielleuse laissait transparaître son légendaire orgueil. Et lorsqu’il se redressa enfin vers elle, ces mains déposèrent le long de son cou l’un des pendentifs qui trônait sur l’étale du marchand. Un rictus courba ses lèvres, et il prenait un malin plaisir à abuser de la situation. Désireux d’arracher tout bonheur au reste de sa fratrie, il aspirait à vouloir ce que James désirait le plus. Alors elle finirait par délaisser son prince promis. Elle finirait par l’aimer, lui, l’aîné. Ou elle en serait contrainte. « Prenez garde, bien des fruits peuvent être empoisonnés. Il serait dommage que vous soyez tombée sur une pomme pourrie. »
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MessageSujet: Re: for there's no man in town half as manly. Dim 2 Déc - 17:41

— Et pourtant vous voilà, souffla-t-elle, peinant à dissimuler sa mauvaise grâce derrière un sourire de façade. Elle lui laissa profiter de cette proximité malvenue dans le seul but de bien paraître, cela même si celle-ci la dérangeait plus que tout. Blanche n'était d'ordinaire pas femme à s'astreindre, ni dans le geste, moins encore dans la parole. James, et naturellement sa volonté de respecter cette famille qui serait à l'avenir la sienne, demeurait le seul motif encore assez valable qui l'encourageait à garder pour elle ses véhémences. Autant que faire se peut. — Votre père lui-même s'autorise des incursions régulières parmi son peuple, et il est regrettable que vous ne suiviez pas le même chemin. À moins qu'aujourd'hui soit le début d'un Gaston nouveau, auquel cas bienvenue dans le vrai Camaaloth.  Elle utilisa le ton charmant qu'employait son époux lorsque le but était de, eh bien, charmer,  et y persévéra davantage sur le sourire simulé qui deviendrait, à n'en pas douter, rituel. Bienvenue sur la place forte des petites gens, de la charmante plèbe. Celle-là même que Gaston refusait de fréquenter, et dont il devait pourtant se faire leader naturel. Une perspective loin d'être gagnée, lui que la rumeur – fondée, remarquable - qualifiait d'imbu de sa propre personne. — D'où croyez-vous que provient la nourriture que vous mangez à table, Gaston ? demanda-t-elle, sur le ton suave, mais strict d'une mère. La petite, ma douce. Ses traits confièrent à l'héritier qu'elle n'appréciait pas les sobriquets, moins encore lorsqu'ils étaient déployés sur ce ton. Il n'était déjà pas aisé de s'appeler Blanche-Neige, et parce elle l'assumait et le portait avec fierté, Blanche refusait qu'on l'affuble d'un surnom. Surtout lorsque ceux-ci trouvaient source dans un élan de moquerie, et n'avait pour but que de la dédaigner. Elle tenta de se remettre en route, de se rendre à une autre étale, mais fut stoppée par les regards, et le climat qui avait tout à coup changé.  Par la présence du prince exubérant, l'anonymat était levé. L'on se prosternait sur leur passage, murmurait quelques politesses timides mélangées à de la messe-basse typique du peuple des petites citées. Un changement d'atmosphère dont Blanche ne fit rien, ou du moins tenta-t-elle à grand mal. Elle endurait les égards nouveaux plus que tout le reste, et la présence de l'hériter ne fit que gonfler cet excès de considération qu'elle en viendrait à détester diligemment. Une cure naturelle aurait été d'apprécier un fruit dans l'anonymat le plus total, mais tout portait à croire que c'était trop demandé de sa part. Une cerise volée et une autre sacrifiée sur l'autel des demandes extravagantes de Gaston, Blanche déposa sur le prince un regard déconcerté, impatient et irrité tout à la fois. Nul doute qu'il cherchait à provoquer en elle une réaction. Seulement si elle s'était admirablement comportée lors de leurs dernières audiences, Gaston n'avait aucune idée de qui elle était réellement, et elle serait la première ravie à faire tomber la façade. — Eh bien, eh bien, voilà une requête fort audacieuse, commenta-t-elle, le timbre moqueur un rien exagéré. — Et à quel dessein, je vous prie ? Aucune désunion, ni aucun artifice magique puissant par ailleurs, ne saurait la convaincre de se jeter dans les bras de Gaston et elle espéra pour son propre bien que la prince en était conscient. Elle ne s'était pas approchée qu'un collier vint à flatter sa nuque. Le présent lui tira un soupir vaincu, tout comme le geste lui fit serrer les lèvres en une moue contrite. On ne pouvait acheter ses inclinations grâce à des cadeaux, moins encore lorsque ceux-ci s'avéraient aussi creux de sens qu'une parure. James le savait. Du moins l'avait-il deviné lors de leur rencontre. Une comparaison facile, qui arracha un sourire à Blanche. — J'ai pourtant du mal à voir en vous ce qu'il y a de lui. Ou ce qu'il y a de vous en lui. Tout comme elle peinait à voir en lui Arthur, cela même si le seigneur-despote connaissait nombre de changements d'humeur. Tout comme elle ne voyait ni Guenièvre, ni Philip, ni William, et discernait tout ce que James n'était pas. Comment pouvait-on être si différent, dans sa composition profonde, du reste de sa portée ? Surtout, comment pouvait-on s'éloigner de tout ce qu'un homme honorable pouvait être, et cracher sur ces traits qu'on n'a pas, pour la seule excuse d'être né en premier. Blanche avait affronté des conflits crées par l'ego des hommes, été le témoin de ce que l'humanité pouvait engendrer de plus noir, mais Gaston remportait une place insoupçonnée dans le palmarès des boulimiques de pouvoir. — Ma foi, cela m'apprendra à manger des fruits. Tenez, souffla-t-elle en lui confiant les cerises restantes, tout comme elle se délesta du collier, rendu à son propriétaire accompagné d'une pièce pour le dérangement. Et qu'importe qu'on ne refuse pas le cadeau d'un prince. Alors qu'elle s'en retournait à son but premier : visiter, les étales laissèrent la voie à un véritable pullulement de prestations en tous genres. Ils y croisèrent des jongleurs, des cracheurs de feu et autres bohémiens dont les facultés dépassaient l'entendement. Dans cette partie de Camaaloth, l'allégresse ne semblait pas connaître de pénurie, arrachant ainsi un ravissant sourire à Blanche, qui ne voyait plus la misère, mais le beaucoup que l'on pouvait faire avec rien.  Une petite fille, pressée par ses parents, vint la gratifier d'une somptueuse rose rouge, et d'un baiser timide sur la pommette. Blanche la remercia d'un sourire conquis, et porta la rose à son nez pour un humer les fragrances. — Voyez. Ce sont les petits gestes qui comptent, Gaston.

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MessageSujet: Re: for there's no man in town half as manly. Sam 8 Déc - 23:15

« Ne faites pas l’idiote Blanche, vous savez pertinemment que mon désir le plus cher réside dans le fait d’anéantir mon frère... J’imagine que je ne vous apprends rien. » Ses dents à la blancheur si parfaite se mirent à étinceler sous les quelques rayons de soleil qui perçaient à travers les voiles des étals. Il éludait ses questions, ne répondant que par ce familier rictus qui courbait ses lèvres entrouvertes. Le peuple qui les entourait était devenu le public de ce petit spectacle improvisé. Règlement de compte ou réunion de famille ? La tension entre les deux interlocuteurs était plus que palpable. Si l’une se préservait de toute réponse mal venue, son bourreau ne manquait pas de pimenter leur conversation à coup de sarcasmes et de provocations en tout genre. Il buvait avec malice et délectation les moindres paroles de sa plaisante compagnie. Son regard, quant à lui, se promenait à travers les marchandises présentées. Il ricanait, tel un enfant, balayant d’un geste nonchalant de la main les quelques commentaires qu’on lui accordait. « Je n’ai jamais affirmé que nous étions semblables lui et moi. Disons simplement que je suis l’héritier quand il ne représente… qu’un soldat, répondant aux ordres de notre père. » Arquant un sourcil pour appuyer ses paroles, il désigna du bras un James absent. Probablement parti mener à bien les petites affaires du roi. Un cadeau des dieux qu’il ne puisse être présent pour assister à une pareille scène. Un soupire amusé lui échappa lorsque Blanche reposa son offrande. Princesse exigeante et qui ne semblait pas vouloir se plier aux coutumes du pays. Refuser les cadeaux d’un prince n’était pas chose ordinaire. Et c’est en cela que Blanche éveillait le peu d’intérêt qu’il lui portait. Un malicieux supplice qu’il s’amusait à lui endurer : celui de sa présence – qu’il savait - indésirable. Leurs pas les guidèrent lentement à travers la foule et les marchands. Puis leur petit manège fût interrompu par une jeune fille. Une piètre enfant, s’imaginant sans doute vivre dans un conte de fée, et croyant gratifier sa sauveuse d’un baiser sur la joue. Une image qui le fit bien-évidemment frissonner d’horreur. Ses yeux, portés vers le ciel, accompagnèrent son soupire dégoûté. Qu’elle est mignonne la chérie… Puisse-t-elle encore respirer d’ici quelques années. « Oh fichtre !… Quelle répugnante petite fille… j’espère que nos guérisseurs sauront vous soigner de la peste. » Siffla-t-il, dédaigneux, à l’égard de la jeune femme. Sans la moindre délicatesse, la rose fût arrachée à sa propriétaire et termina sa course sur le sol poussiéreux de la ruelle. Le regard acéré du prince se posa un instant sur la fillette, protégée par ses parents, qu’il toisa d’un clin d’œil plein de promesses… Avant de finalement reporter son entière attention sur Blanche. Jouer la carte de la provocation à son égard n’était pas une chose qu’il laisserait impunie. Et si l’idée qu’elle ne soit en rien intimidée par son interlocuteur lui plaise, il avait la ferme intention de poursuivre et creuser dans cette direction. Nonobstant la scène qui venait de se dérouler, Gaston glissa dans une gracieuse courbette son bras derrière ses épaules. « Votre dégout à mon égard m’interpelle : qu’y a-t-il chez moi que vous détestez tant ? » Ses lèvres à quelques centimètres de son oreille, il la gratifia d’un regard faussement attristé avant de se détacher d’elle et poursuivre leur promenade. Que sa propre famille puisse voir en lui seulement ses défauts n’était guère surprenant, mais il chérissait au fond l’espoir qu’un jour, quelqu’un apprendrait à apprécier ses nombreuses qualités. « Car je puis vous assurer, très chère, que si une simple rose peut compter à vos yeux, je pourrai vous en cueillir une douzaine. Et bien plus encore. » Une promesse soufflée et qui faisait allusion au trône qu’il occuperait suite à son père. Leurs pas les amenèrent à la fontaine qui se dressait au milieu d’une cour qui marquait la fin du marché. Les quelques enfants qui jouaient dans l’eau se dépêchèrent de fuir à l’arrivée des deux invités. Gaston congédia d’un simple regard les deux gardes qui veillaient sur la place, laissaient ainsi le faux couple dans une intimité presque parfaite. « Je ne cherche pas à vous nuire Blanche… Mais en tant qu’héritier, je serai plus à même de pouvoir combler le moindre de vos désirs. » Pour la première fois depuis leur rencontre, Gaston s’accorda sur un ton plus sérieux. Ses talons se tournèrent vers elle et son regard ne se détacha plus du sien. Il observait, les lèvres pincées, sa silhouette – qu’il ne pouvait nier – plaisante. Difficile de croire qu’une telle créature avait pu tomber sous le charme de son petit frère. Lui qui n’avait pourtant rien à lui offrir, pas même sa simple présence. Et l’aîné en profitait, salement. Ses doigts gratifièrent d’une caresse le menton de sa convoitise, lui faisant ainsi relever le visage vers lui. Un avenir prometteur lui ouvrait les bras si elle choisissait d’épauler le futur roi. Mais la lueur dans son regard d’ébène ne présageait rien de tout cela. « Je doute que James puisse en affirmer autant compte tenu de sa présente.. absence. »
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