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“When the moment is right, confess your love…”

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Piper Hewitt
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MessageSujet: “When the moment is right, confess your love…” Lun 7 Jan - 23:54



Voilà deux jours que l’agression a eu lieu, deux jours que Belle n’a pas pu se rendre à la roseraie auprès de William. Durant ces dernières quarante huit heures, son père, étrangement revenu à la raison, s’est occupé d’elle du mieux qu’il a pu. Lancelot, chevalier de la table ronde, et accessoirement, le père biologique de William, l’avait ramené saine et sauve chez son père, après l’avoir sauvé des griffes de malfrats, prêt à lui voler le maigre butin que la jeune femme pouvait avoir sur elle. Dieu seul sait ce qu’ils auraient pu faire de plus à la jeune femme, si Lancelot n’était pas intervenu à ce moment précis. Mais la jeune femme ne veut pas penser au pire, parce que Lancelot est arrivé, l’a sauvé et c’est bien là tout ce qui compte. Evidemment, la nouvelle a fait le tour de Camaaloth, Thomas, sa petite lumière dans un monde de ténèbres, est venue s’enquérir de son état, et par la même occasion, a pris la lettre qu’elle avait rédigé pour William, lui expliquant et s’excusant de son absence à leur rendez-vous. Et bien sur, peu de temps après le départ de Thomas, c’est Gaston qui a son tour est venu lui rendre visite. Si Thomas a su se faire calme et discret pour ne pas la perturber dans son repos, Gaston s’est montré tonitruant et faussement révolté à l’égard des malfrats qui l’avaient agressé. Il aurait hurlé et pesté qu’il vengerait la jeune femme que cela ne l’aurait guère surprise. Heureusement, Gaston s’était bien gardé de ce genre de commentaires, et avait fini par la laisser seule avec son père, se reposant du mieux qu’elle le pouvait. Pour autant, au bout de deux longues journées à se reposer, Belle n’en pouvait plus et souhaitait plus que tout retrouver William, qu’elle jugeait ne pas avoir vu depuis bien trop longtemps à ses yeux. C’est donc après avoir embrassé son cher papa, que Belle prend la direction de la roseraie, certainement plus anxieuse que la dernière fois. Mais cela n’est guère surprenant après sa dernière mésaventure. Cette fois ci, Belle ne s’arrête pas pour humer les fleurs en chemin. Sa cape est ramenée sur son visage, cachant ainsi ses traits. Son pas est rapide, sa démarche fluide à mesure qu’elle avance sur cette route qu’elle connait si bien. Le temps se gâte et quelques gouttes font leur apparition. En l’espace de cinq minutes, la météo se dégrade et une averse s’abat sur la jeune femme, l’obligeant à courir jusqu’à la roseraie. Lorsqu’elle arrive enfin à sa destination, ses cheveux gouttent le long de son visage et de sa nuque, mais tout ce qui inquiète Belle sur l’instant, est l’état dans lequel se trouve le livre qu’elle a ramené à William. Son pas hâté a visiblement alerté ce dernier qui l’attend à l’entrée de la roseraie, un sourire discret sur son visage. Belle s’avance doucement vers celui qui a désormais volé son cœur. Sa main vient caresser sa joue, effleurant quelques cicatrices marquant son visage. Ce dernier est marqué par de nombreux stigmates, causé par le courroux de son père adoptif, seigneur de kriegspire. Pas une seule fois Belle n’a montré le moindre signe de dégoût, de peur, face à celui surnommé la bête, par les gens des alentours. Tout ce qu’elle a su voir au travers de ses cicatrices, fut la douleur, l’incompréhension, ce sentiment de rejet qu’il a du ressentir depuis des années. Belle n’est pas femme à se laisser effrayée par l’apparence d’un homme, simplement parce qu’un tyran a décidé d’en faire son souffre-douleur. Au-delà des cicatrices, elle voit un bel homme, aux traits fins, harmonieux, aux yeux rieurs. Mais par-dessus tout, ce qui a su charmer la jeune femme fut ce sourire, d’une sincérité comme l’on n’en fait peu. Aucune cicatrice, aucun coup ne saurait camoufler ce sourire, ancré en lui, comme la part la plus sacrée de son être. « Ces derniers jours sans toi ont été un véritable calvaire. J’ai bien cru ne jamais te revoir. » Souffle-t-elle, pendant que ses bras viennent s’enrouler autour de lui. Ses lèvres n’ont pas cherché les siennes encore, pudique, et ce, malgré tout l’amour qu’elle lui porte. Elle attend un geste, un signe de William. C’est toujours avec douceur qu’elle agit envers lui, ne voulant pas le brusquer, pas après tout ce qu’il a traversé.
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Austin Carlyle
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MessageSujet: Re: “When the moment is right, confess your love…” Sam 12 Jan - 12:15

William avait commencé à faire des cauchemars peu de temps après la découverte scandaleuse de son véritable lignage. La nuit suivant la première journée où Arthur s’était abandonné à sa colère contre lui, il était resté de longes heures immobile dans un lit trop large, minuscule et pétrifié. Le sommeil avait fini par l’emporter à une heure impossible et il s’était aventuré de mauvais rêves en mauvais rêves, une pellicule de sueur couvrant fiévreusement son petit corps. Si toutes ses nuits passées en quinze ans ne faisaient guère totalement écho à celle-ci, William multipliait malgré tout les insomnies. Une lutte épuisante qui démarrait chaque soir lorsqu’il regagnait à contre coeur son lit. Immanquablement, il lui fallait s’adonner à un combat épuisant avant de réussir à atteindre un état de détente suffisant pour sombrer dans un sommeil tortueux et douloureux. Une quiétude constamment ébranlée, lacérée par Arthur voilà bien des années. Le temps passé depuis n'y faisait rien. Les ombres demeuraient, se massant immanquablement autour de William. Elles s'étaient faites plus sombres et étouffantes quand, deux jours plus tôt, Belle ne s'était pas présentée à lui comme convenu. William l'avait attendue. Longtemps. Il avait patienté, le coeur battant, son regard bleuté embrassant fiévreusement les environs. Belle n'était jamais apparue et une énième guerre s'était engagée dans l'esprit tourmenté de William. Son inquiétude avait atteins des sommets, son corps tendu agité de tremblements. Son souffle s'était coincé sur sa gorge et il avait longuement hésité à s'arracher à sa douce solitude pour partir à la recherche de la jeune fille. Il avait effectué plusieurs rondes, en vain. Lorsque la nuit était tombée, il avait été plus que jamais incapable de s'abandonner au sommeil. Il ne s'était d'ailleurs même pas couché, trop conscient qu'il était du caractère vain d'une telle entreprise. Il avait passé la nuit devant l'âtre d'une cheminée, les flammes rehaussant de leur chaude lueur les boursouflures et cicatrices habillant furieusement ses traits. Il avait lu, ou du moins il s'y était essayé. Il avait tourné les pages en jetant un regard absent à leur contenu, incapable qu'il était de se concentrer. Son esprit demeurait inlassablement tourné vers Belle alors que les pires scénarios se dessinaient dans sa tête. Il avait essayé de se convaincre qu'il l'aurait senti. Que si quelque chose de mal était arrivé à Belle, il le saurait. Pensée qui n'était pas parvenue à l'apaiser. Il avait fallu que Lumière se présente à lui le lendemain pour qu'il recommence à respirer convenablement.
William avait quasiment arraché la missive écrite par Belle des mains de l'entendant et n'avait pas entendu de se retirer pour en lire contenu. Le regard fou et ourlé de fatigue, il avait parcouru les lignes, les battements de coeur se faisant moins affolés au fil de sa lecture. Vaguement, il avait balbutié des excuses d'une voix bourrue avant de disparaître à l'intérieure de sa demeure. La main refermée sur le papier, il avait dut résister à une envie vociférante de la rejoindre. Il avait besoin de la voir. De constater par lui-même qu'elle allait bien. Un désir viscéral qu'il était parvenu à contrôler au prix d'un gros effort. Chaque instant passé loin d'elle demeurait malgré tout une lutte nouvelle. Sa propre immobilité lui était presque insupportable. Il arpentait son domaine, le regard brillant et le corps trop raide. Malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à détourner ses pensées de Belle. Tel un fauve en cage, il demeurait à l'agonie, rendu fou par une attente qui lui paraissait franchement interminable. Il se déplaçait dans la roseraie, presque indifférent à la beauté des fleurs. Lorsque la pluie se mit à tomber, doucement et puis fortement, il demeura à l'extérieur, trempé, sourd à tout cela. Attraper la mort était le dernier de ses soucis en cet instant.
Et puis, brusquement, elle apparu. Alors qu'il ne l'attendait plus, elle entra dans son champ de vision, trempée, mais indéniablement vivante et bien portante. Le coeur de William lui remonta dans la gorge. Elle était là. Elle était là. William demeura immobile, figé. Ses jambes lui paraissaient trop lourdes, comme brusquement constituées de pierre. Se fut à Belle de dissoudre la distance entre eux deux. Il la regarda progresser lentement vers lui en la couvant du regard. « Belle » prénom soufflé, murmuré. Arrivée devant lui, elle tend une main, parcourant de ses doigts sa peau saturée de cicatrices. Il la laisse faire. Il ne frissonne pas, ne bronche pas. Il sursaute tout au plus, légèrement. Il est malgré lui toujours surpris de constater comme ce faciès ne la révulse pas. Aucune trace de dégout quelconque dans son regard. Jamais. Ça le réconforte. Il a l'impression de regagner tant bien que mal une partie de lui dont on l'a amputé voilà bien des années. Il se sent bien, toute souffrance apaisée. « Ces derniers jours sans toi ont été un véritable calvaire. J’ai bien cru ne jamais te revoir. » Elle l'enserre doucement de ses bras, ne va pas plus loin. Jamais elle ne le brusque, lui témoignant plus d'attention et de tendresse que n'importe qui d'autre en ce monde. Doucement, il incline son visage vers le sien et vient presser ses lèvres humides contre les siennes. Un baiser léger, ourlé de timidité. L'attitude réservée d'un homme guère accoutumé à ce genre de choses. Il met ensuite fin au baiser et viens doucement frotter son nez contre le sien, savourant la sensation de leurs souffles qui s'entremêlent. « Tu m'as tellement manqué. » Il ne peut réfréner l'envie de lui dérober un nouveau baiser avant d'attraper l'une de ses mains. « Entrons, je ne veux pas que tu attrapes froid » reprit-il en commençant à prendre la direction de la demeure qui s'élevait derrière lui, beauté grise, impérieuse et timide.
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MessageSujet: Re: “When the moment is right, confess your love…” Mar 22 Jan - 23:51


La seule vision de William se dessinant sous ses yeux suffit à lui arracher un sourire, quelque peu douloureux. Les stigmates de son agression sont encore assez frais dans son esprit, parce que même si les dégâts ont été limité, la jeune femme a bien été secoué et a chuté à plusieurs reprises au sol. Alors évidemment, son visage est sensible, au point qu’un sourire lui écorche quelques élancements. Mais qu’importe la douleur, le bonheur de voir celui qui a dérobé son cœur est bien plus important. Avec douceur, ses doigts errent sur le visage de William, sans chercher à le brusquer. Par ce geste, Belle a toujours espéré montrer à celui que les gens appellent la bête, qu’il est bien plus que ça, bien plus que le monstre dépeint par de nombreux habitants de kriegspire. A ses yeux, ses cicatrices sont simplement le symbole et la marque d’un père bien trop violent, bien trop fou. Mais les gens ne voient que l’aspect physique de William, ses traits marqués et déformés par des dizaines de coups. Les kriegspiriens sont parfois bien trop focalisés sur ce qu’ils voient, incapables de voir au-delà des apparences, de voir toute la bonté et la générosité dont peut faire preuve William. Alors Belle s’évertue à faire le travail de tout un peuple, de lui faire oublier les insultes, brimades et autres agressions. Les lèvres de William viennent enfin sceller un baiser avec sa douce, soulageant la jeune femme, et l’apaisant en un instant. Trois jours à ne pouvoir le voir, ne pouvoir le rassurer. Une véritable torture. Et ce baiser vient mettre un terme à ce calvaire et lui fait oublier tout ce qu’elle vient de traverser. « La seule pensée de te savoir sain et sauf à la roseraie est la seule chose qui m’a fait tenir. » Mais pas suffisamment pour calmer son impatience à l’idée de le revoir. Ce n’est guère une surprise, depuis que le chemin de ces deux-là se sont croisés, Belle a bien du mal à se contenter d’une visite par semaine à la roseraie. C’est parfois bien insuffisant pour la jeune femme, qui rêverait de passer plus de temps aux côtés de William. Mais malheureusement, le destin en a décidé autrement, et a choisi de rajouter un troisième protagoniste sur leur chemin, la pire des personnalités, l’infâme Gaston. Si cela ne tenait qu’à Belle, la jeune femme aurait déjà quitté kriegspire en compagnie de William, mettant derrière eux le poids d’un passé bien trop dur à porter. Fâcheusement, son bien-aimé est le fils du seigneur de kriegspire et à ce titre, ne peut aisément quitter le royaume. Parce que même si Arthur n’a pas d’amour pour son fils, il est quasiment certain qu’il n’acceptera jamais le départ de son cadet. « Après avoir passé deux jours enfermée chez moi à me reposer, crois bien que je ferai tout pour éviter de ne tomber malade. » Elle suit docilement William au sein de la roseraie, s’approchant du feu pour essayer de se réchauffer un tant soit peu. Le cadet Pendragon lui apporte rapidement une serviette pour essorer ses cheveux, gouttant sur sa tenue abîmée par l’usure du temps. Elle s’en saisit rapidement, avant de la reposer au bord de la cheminée et de la faire sécher. « Je suis désolée si je t’ai fait peur. Thomas t’a bien apporté ma lettre ? Gaston tournait autour de la maison, alors Thomas n’a pas pu me confirmer avoir fait la livraison. » Elle aurait souhaité voir William bien plus rapidement mais malheureusement Gaston était fourré là où l’on ne souhaitait pas. Ce dernier semble toujours se mettre en travers de son chemin, ne supportant visiblement pas que Belle ait choisi son frère, le monstre dépeint par tant de gens. Mais ce n’est guère une surprise, Gaston, imbu de lui-même, ne supporte pas être le vilain petit canard. Parce que finalement, celui rejeté par tous, c’est bel et bien lui. Les rumeurs veulent que Blanche l’a elle aussi éconduit. A croire que Gaston ne peut se trouver une femme par lui-même, et se retrouve à faire la cour aux femmes de ses frères. Quelle tristesse, s’en est ridicule. Finalement, la jeune femme aborde le sujet qui lui brûle les lèvres depuis son arrivée à la roseraie. Elle ne sait pas réellement par quoi commencer parce qu’elle sait pertinemment que c’est un élément sensible qu’elle va mentionner. « Tu sais, c’est Lancelot qui m’a sauvé de ces truands… il m’a sauvé la vie. » Meaning, ton père biologique est un héros et je lui dois une reconnaissance éternelle. C’est compliqué pour la jeune femme, parce qu’elle ne veut prendre aucun parti, être la plus neutre possible. Belle sait à quel point la situation est compliquée entre Lancelot et William. Seulement, elle ne peut s’empêcher de vouloir parler en bien du chevalier à son fils.

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MessageSujet: Re: “When the moment is right, confess your love…” Hier à 15:52

« Ces derniers jours sans toi ont été un véritable calvaire. J’ai bien cru ne jamais te revoir. » Et il y avait quelque chose de foncièrement doux dans chacun des mots qu'elle prononçait. La certitude que quelqu'un se souciait de lui. Une preuve d'amour constamment prononcée, fièrement exhibée. Parfois, il avait du mal à seulement croire que tout cela arrivait réellement. Quand il nouait ses bras autour de sa taille, quand elle laissait ses mains s'égarer sur ses cicatrices, l'expression faciale dénuée de toute trace de révulsion. Dans ces moments de plénitude, il ressentait presque le besoin de se pincer pour s'assurer qu'il n'était pas en train de dormir d'un sommeil nerveux et agité. De bien des façons, Belle lui apparaissait encore comme étant irréelle. Une apparition divine et parfaitement inopinée. L'écho saisissant d'une vie à laquelle il ne s'était jusqu'alors jamais laissé aller à rêver. Avant de la rencontrer, William était presque résigné. Il était résolu à se contenter de trop peu, tâchant de se convaincre qu'il n'avait besoin de rien d'autres que cette bâtisse un peu triste, encerclée de roses venues ajouter un peu de beauté au cadre autrement trop austère. C'est mieux que ce que tu avais avant. Des paroles qu'il se récitait fiévreusement avant Belle. Une façon de se convaincre qu'il avait pris la bonne décision en quittant la demeure de son enfance. Il avait acquis une liberté toute relative en s'installant seul, mais c'était uniquement quand Belle avait fait son apparition dans son quotidien solitaire qu'il avait senti s'échouer sur ses lèvres un vague parfum d'espoir. La proximité de la jeune femme et l'affection inespérée qu'elle lui portait avait rendu à son monde bien des couleurs. Un univers encore fragile que le sien, aussi entaché et lacéré que la peau de son visage, mais un univers malgré tout décent. Un monde au sein duquel il lui était possible de s'imaginer un avenir. C'était là ce que Belle représentait pour lui. Une vie qui vaille la peine d'être vécue. Une raison de s'extirper des draps chaque matin. Tout. Elle était tout. « Après avoir passé deux jours enfermée chez moi à me reposer, crois bien que je ferai tout pour éviter de ne tomber malade. » Non sans lui adresser un nouveau sourire saturé de tendresse, William fit volte face vers la demeure. Une fois à l'intérieur, il referma d'un geste leste la porte derrière eux et se mit sans attendre en quête d'une serviette. Une fois le bout de tissu en main, il le tendit à Belle pour qu'elle essore sa longue tignasse trempée. William la regarda faire, perdu malgré lui dans sa contemplation et peu soucieux de s'occuper de sa propre chevelure. « Je suis désolée si je t’ai fait peur. Thomas t’a bien apporté ma lettre ? Gaston tournait autour de la maison, alors Thomas n’a pas pu me confirmer avoir fait la livraison. » L'expression de William se fit nettement moins rêveuse alors que le prénom de son grand frère surgissait soudain dans la conversation. Gaston. Une ombre parmi bien d'autres. Un problème à gérer. « Je l'ai bien reçue » répondit-il simple d'une voix douce, peu désireux qu'il était de parler de son aîné. Une menace crispante qui peinait William davantage qu'il ne consentait à l'avouer. D'abord fruit de la haine d'Arthur, voilà qu'il lui fallait aussi composer avec celle de son grand frère. Un bien laid portrait de famille. « Tu sais, c’est Lancelot qui m’a sauvé de ces truands… il m’a sauvé la vie » En parlant de son miséreux lignage, voilà que surgissait le nom de son vrai père dans la conversation. Malgré lui, le corps de William se tendit un peu à cette allusion. S'il avait consenti à essayer de nouer un lien avec son père après la visite surprise de ce dernier, parler de Lancelot était encore source de gêne et d'embarras pour lui. Outre l'impact émotionnel suscité par chaque allusion à son vrai père et il avait l'impression absurde de trahir l'homme qu'il l'avait élevé, comme s'il devait quoique ce soit à Arthur. C'était là une pensée qu'il préférait taire et ce même à Belle à qui il avait pourtant fait plus de confidences qu'à n'importe qui d'autre en ce monde. Elle ne comprendrait pas l'amour qu'il continuait à porter à un homme qui n'avait eut de cesse de lui gâcher la vie depuis la petite enfance. William lui-même en était incapable. Ce désir qu'il continuait à nourrir de gagner enfin l'affection d'Arthur... C'était tout bonnement ridicule. Il aurait dut haïr cet homme. Le fait qu'il ne ressente rien de tel à son égard... L'anormalité de cette situation lui pesait. « Il aura toujours ma reconnaissance pour cela. » Répondit William aux propos de Belle. Non pas que son père en fasse grand cas, il le savait bien. Lancelot n'était pas en quête de sa reconnaissance mais de son affection. Retrouver le fils dont Arthur l'avait privé voilà plus de quinze ans. Une requête à laquelle William n'était pas sûr de pouvoir accéder même s'il avait consenti à essayer. « Il est venu me trouver ici il y a quelques jours. C'était un moment très... » William se mordit la lèvre, peinant à finir convenablement cette phrase. Angoissant ? Gênant ? Perturbant ? Émouvant ? Assourdissant ? Tout ça à la fois ? « Troublant. » Oui, c'était un adjectif relativement décent pour dépeindre ces drôles de retrouvailles. William porta une main à sa nuque rendue humide par la pluie. « Il était là à me couver du regard, attendant de toute évidence quelque chose de moi et je ne savais pas quoi faire, ou quoi dire. » Après toutes ces années passées à nourrir une rancune grossière envers l'homme dont il partageait le sang, William était resté comme pétrifié lors de la confrontation. Une grosse partie de sa colère s'était essoufflée face au regard brillant d'amour et de regret de son père. Il ne s'était pas attendu à ça.

 
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